15 mars 2021

Quilles en Chapeau Melon

L'art de Magritte est une opposition permanente entre la simplicité des figures et la complexité de leurs relations. Il adore que le spectateur cherche et trouve une signification là où il n'y en a pas. A la fin des années 1950, il cherche à retenir un public de plus en plus exigeant et de plus en plus blasé en augmentant le mystère. Les titres des oeuvres sont attribués collégialement certains dimanches dans des réunions entre amis.

Depuis 1926, les éléments basiques n'ont pas beaucoup changé. Au tout début, l'observateur du monde était la quille, meilleure pour ce rôle que le jeu d'échecs parce que les pièces ne sont pas différenciées. La quille a vite laissé la place à l'homme en costume, cravate et chapeau melon, vu le plus souvent de dos. Quand il est vu de face, il ressemble à l'artiste. Ou alors, c'est l'artiste lui-même qui joue à lui ressembler.

Peinte en 1959, Le Mois des Vendanges est emblématique de la diversification de l'interprétation : elle est seulement le second exemple d'une multiplication à l'infini de l'homme au chapeau melon, après les hommes volants de Golconde en 1953. Cette huile sur toile 128 x 160 cm est un très grand format pour l'artiste. L'attribution du titre par Magritte et ses amis a été filmée.

La scène est construite autour d'une fenêtre ouverte dans un mur gris foncé. Sous le ciel nuageux, les hommes en chapeau melon sont alignés en trois rangs serrés interrompus par les bords de la fenêtre. Ils sont tous identiques. Chaque individu nous regarde, mais il n'est rien de plus qu'une quille. La ligne ondulée de l'horizon n'est pas un paysage : elle est seulement constituée par les bords des chapeaux. C'est tout. Ceci n'est pas l'humanité.

Le Mois des Vendanges est estimé £ 10M à vendre par Christie's à Londres le 23 mars, lot 107.